Une revue scientifique américaine, Frontiers in Neuroscience, a publié dans son numéro de mai une étude de cas qui a surpris beaucoup de spécialistes. Elle concerne une femme américaine d’origine japonaise, âgée de plus de 80 ans, qui souffrait de la maladie d’Alzheimer depuis dix ans. Après une seule dose de champignons contenant de la psilocybine, une substance psychédélique, elle a retrouvé la parole, le contrôle de sa vessie et une grande partie de ses capacités motrices.
Depuis cinq ans, cette femme ne prononçait plus que des syllabes isolées. Elle ne pouvait ni marcher ni se lever sans aide, elle ne reconnaissait plus ses proches et elle était incapable de s’habiller ou de se laver seule. Sa famille s’occupait d’elle depuis presque aussi longtemps que durait sa maladie.
Trois chercheurs de l’Associação Cruz de Ankh, à São Paulo au Brésil, lui ont administré une dose de cinq grammes de champignons contenant de la psilocybine. Pendant les heures qui ont suivi, la femme a eu de la fièvre, elle a transpiré, puis elle a dormi profondément pendant dix-neuf heures.
À son réveil, elle s’est mise à parler pendant quatre heures d’affilée. Elle a raconté des souvenirs personnels, elle a reconnu des membres de sa famille et elle est redevenue plus sociable. Le lendemain, elle a retrouvé la capacité de se déplacer seule. Le troisième jour, elle s’est habillée par elle-même. Ce jour-là, elle a aussi retrouvé le contrôle de sa vessie, même pendant la nuit. Les jours suivants, elle souriait, riait, regardait les gens dans les yeux et pouvait retenir des informations à court terme.
Un mois plus tard, les améliorations étaient toujours présentes. Une deuxième séance, avec une dose de trois grammes, a ensuite eu lieu. Les chercheurs ont observé une meilleure expression verbale, des émotions plus visibles et une marche plus assurée.
Cette étude reste cependant très limitée. Elle porte sur une seule personne et ne comprend ni groupe de comparaison, ni tests cognitifs standardisés, ni imagerie cérébrale. Les auteurs précisent eux-mêmes que ces résultats ne signifient pas que la maladie a reculé. Ils suggèrent plutôt que certaines capacités peuvent rester présentes dans le cerveau, même à un stade avancé, et devenir temporairement accessibles grâce à certaines substances.
La psilocybine est déjà étudiée pour traiter la dépression ou le stress post-traumatique. Elle favoriserait aussi la neuroplasticité, c’est-à-dire la capacité du cerveau à créer de nouvelles connexions entre les cellules nerveuses. Des recherches de meilleure qualité seront nécessaires pour comprendre ce que ce cas exceptionnel signifie vraiment.
