Une avocate de “Chemical Valley” poursuit l’industrie chimique qui polluait son enfance

Une avocate de “Chemical Valley” poursuit l’industrie chimique qui polluait son enfance

Hélène Duguy a grandi dans la région au sud de Lyon, surnommée la « Chemical Valley » française. Les usines chimiques faisaient partie du paysage habituel de son enfance. Sa mère vit toujours à Saint-Genis-Laval et peut voir ces installations depuis les fenêtres de son appartement. Pendant longtemps, elle n’a pas vraiment cru que vivre aussi près de ces usines pouvait représenter un danger. Elle faisait confiance aux autorités locales pour gérer la situation. Selon Duguy, sa mère comprenait qu’il y avait un problème, mais les PFAS — des substances chimiques que l’on ne voit pas et que l’on ne sent pas — restaient quelque chose d’abstrait, difficile à relier à la vie quotidienne.

Les PFAS, aussi appelés « polluants éternels », sont des milliers de composés chimiques utilisés dans de nombreux produits courants. On les retrouve dans l’environnement pendant très longtemps parce qu’ils ne se dégradent pas. Ils ont été associés à des cancers, des malformations à la naissance, une immunité affaiblie et d’autres problèmes de santé graves. En Europe et au Royaume-Uni, on estime que la pollution aux PFAS touche environ 17 000 sites.

La situation a commencé à devenir plus concrète pour la mère de Duguy lorsque des autorités ont déconseillé de consommer des œufs et de la volaille produits localement. Ce conseil a changé sa perception. Elle envisage maintenant de vendre son appartement. Pour Duguy, âgée de 34 ans, ce lien personnel avec la région renforce son engagement dans ce combat.

Aujourd’hui, elle est avocate au sein de ClientEarth, une organisation non gouvernementale qui se décrit comme l’une des plus ambitieuses du monde dans le domaine environnemental. L’ONG a déjà mené des actions en justice contre des entreprises comme Shell ou Cargill. Duguy a rejoint ClientEarth il y a six ans et dirige désormais ses actions contre l’industrie chimique. L’organisation conteste notamment la réapprobation du glyphosate par l’Union européenne et a déposé une plainte auprès du Comité européen des droits sociaux pour dénoncer l’inaction du gouvernement belge face à la pollution aux PFAS.

Avant de rejoindre ClientEarth, Duguy travaillait pour le cabinet Squire Patton Boggs, où elle conseillait des entreprises chimiques sur la façon de limiter l’impact des réglementations environnementales sur leurs activités. Cette expérience lui a donné une compréhension réelle du fonctionnement des grandes entreprises. Elle conseille aujourd’hui des avocats à travers l’Europe, notamment ceux qui suivent l’affaire Miteni en Italie, où onze anciens dirigeants d’une entreprise chimique ont été condamnés à des peines allant jusqu’à dix-sept ans de prison pour avoir pollué sols et eaux sur une centaine de kilomètres carrés.

En France, elle soutient aussi les avocats qui poursuivent les entreprises Arkema France et Daikin Chemical France pour leur rôle présumé dans la contamination autour de Saint-Genis-Laval.

Face à l’argument selon lequel les poursuites judiciaires menaceraient des emplois locaux, Duguy reste ferme. Elle pense que ce discours a été construit par l’industrie elle-même. Selon elle, réduire les industries toxiques permettrait de développer des secteurs plus sûrs et de créer de nouveaux emplois. Elle reconnaît cependant que cet argument reste difficile à faire accepter lorsque des emplois sont directement en jeu.

Pour Duguy, l’objectif va au-delà des indemnisations. Il s’agit de forcer les régulateurs à agir avant qu’il ne soit trop tard.