Migrants et police française s’affrontent sur une plage du nord de la France

Migrants et police française s’affrontent sur une plage du nord de la France

Des images filmées sur une plage du nord de la France montrent une confrontation entre des policiers français et un groupe de personnes qui tentaient de traverser la Manche vers le Royaume-Uni à bord d’un canot pneumatique. On voit des hommes équipés de gilets de sauvetage lancer des objets en direction des forces de l’ordre pour les empêcher d’approcher leur embarcation. Les policiers ont alors utilisé du spray Pava, un gaz irritant similaire au gaz poivré, avant de crever le canot avec un couteau.

Ces images sont apparues au moment où le gouvernement français annonçait avoir empêché 185 tentatives de traversée en petit bateau au cours des trois mois qui ont suivi la signature d’un accord avec le Royaume-Uni, dont la valeur s’élève à 660 millions de livres sterling. Une tentative de traversée est définie comme le fait d’intercepter un départ, de saisir du matériel comme des bateaux, des moteurs ou des gilets de sauvetage, ou encore d’arrêter des passeurs.

Depuis la signature de cet accord en avril, des unités de police supplémentaires patrouillent sur les plages françaises, notamment une brigade anti-émeute de cinquante personnes. Des opérations d’interception ont lieu à la fois sur les plages et en mer. Depuis mars, douze embarcations dites « taxi-boats » ont été stoppées avant qu’elles ne remontent la côte pour récupérer davantage de migrants. Des moyens supplémentaires ont aussi été déployés pour saisir bateaux et moteurs avant toute utilisation dans la Manche.

Face à cette pression policière accrue, les réseaux de passeurs semblent avoir changé de méthode : ils entassent désormais un plus grand nombre de personnes dans une seule embarcation. Ce mois-ci, un record a été battu avec 230 personnes transportées dans un même bateau. Les ministres insistent sur le fait que le nombre de traversées réussies est en baisse. Au total, 15 897 migrants ont traversé la Manche depuis le début de l’année, ce qui représente une diminution de 43 % par rapport à la même période l’année dernière, et une baisse de 18 % par rapport au même moment en 2024.

Des associations humanitaires alertent cependant sur les risques que font peser ces opérations policières sur la vie des demandeurs d’asile. L’association Utopia 56 a recueilli il y a trois semaines des preuves montrant que des policiers anti-émeute avaient tiré 35 cartouches de gaz CS près de Dunkerque sur des migrants qui tentaient d’atteindre un canot. L’association a déclaré à ce moment-là que la pression policière sur les plages mettait davantage de personnes en danger, et que cette situation durait depuis un certain temps.

Le parti Reform UK a proposé de mobiliser la Royal Navy pour intercepter les embarcations et reconduire les personnes en France ou en Belgique, en présentant ce projet comme une réponse humanitaire. La France a rejeté cette idée, estimant qu’elle constituerait une violation de la souveraineté française ainsi qu’une violation du droit maritime et du droit international.

La ministre britannique de l’Intérieur, Shabana Mahmood, a affirmé que l’accord franco-britannique produisait déjà des résultats concrets en bloquant les traversées et en démantelant les réseaux criminels. Depuis les élections, plus de 47 000 tentatives de traversée en petit bateau auraient été empêchées grâce à ce travail commun.