Les piscines rurales françaises, refuges essentiels menacés de fermeture

Les piscines rurales françaises, refuges essentiels menacés de fermeture

Suzy Bernard a pris une grande inspiration, puis elle a sauté dans le grand bain de la piscine de son village. Cette femme de 75 ans, ancienne aide-soignante, a appris à nager il y a peu de temps. Cet été, elle nage tous les jours avec sa fille et son petit-fils. La piscine municipale de Châteauneuf-sur-Sarthe, un village de l’ouest de la France entouré de chênes, est devenue un refuge pour la famille Bernard pendant les vagues de chaleur de cet été.

Suzy Bernard fait partie d’un collectif local appelé Touche Pas à Ma Piscine. Ce groupe se bat pour garder la piscine ouverte et demande plus d’aide financière de la part du gouvernement. Elle dit clairement : elle fera tout pour que la piscine reste en activité.

Cet été, les températures ont battu des records dans une grande partie de la France. Pour beaucoup de familles rurales qui n’ont pas les moyens de partir en vacances, la piscine du village est souvent le seul endroit où se rafraîchir. Ces piscines sont aussi très importantes pour apprendre à nager. Entre le 1er mai et le 15 juillet de cette année, 274 personnes se sont noyées en France, la plupart après être entrées dans des rivières ou des cours d’eau pour fuir la chaleur.

Le problème, c’est que beaucoup de piscines rurales sont vieilles. Un grand nombre d’entre elles ont été construites dans les années 1970, et leur entretien coûte très cher. Certaines ont déjà fermé faute d’argent.

À Châteauneuf-sur-Sarthe, village de 3 200 habitants dans les Hauts-d’Anjou, la maire Véronique Langlais veut maintenir ouverte la piscine, inaugurée en 1973. Cela coûte au moins 100 000 euros par an à la commune. Trois autres piscines rurales des environs ont déjà fermé, ce qui fait de celle-ci la seule dans un rayon d’environ 30 kilomètres. La maire la considère comme un trésor à protéger, mais une réparation importante pourrait suffire à provoquer sa fermeture. Elle parle d’une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, c’est-à-dire d’un danger permanent qui peut tomber à tout moment.

Cette situation n’est pas nouvelle. En 1969, après les mauvais résultats de la France aux Jeux olympiques de Mexico en 1968 et plusieurs noyades tragiques, le gouvernement de Georges Pompidou avait lancé un plan pour construire 1 000 piscines, principalement dans les zones rurales. Plus de 600 ont été construites, mais celles qui fonctionnent encore ont aujourd’hui besoin de travaux urgents et coûteux.

François Gernigon, député de Maine-et-Loire, a interrogé des maires ruraux : plus de 75 % d’entre eux craignent que leur piscine ferme dans un avenir proche. Il a demandé au gouvernement de mettre en place un plan de financement, car selon lui, ces piscines sont le seul lieu de loisir accessible dans les campagnes.

Face à cette situation, des habitants se mobilisent partout en France. À Rochefort-sur-Loire, près d’Angers, les membres d’un collectif local ont organisé des événements culturels à la piscine et ont même décoré leur village pour convaincre un ministre d’accorder des fonds. Pour le sociologue Nicolas Robin, il s’agit de faire de la piscine le cœur de la vie du village.

Le maire de Rochefort-sur-Loire, Didier Le Gall, insiste sur l’importance de la piscine pour la santé physique et mentale des habitants, notamment ceux qui ne partent pas en vacances. Il souligne aussi que savoir nager est indispensable dans une région souvent touchée par les crues en hiver.