Le film français Notre Salut sort en ce moment dans les cinémas français et attire beaucoup de spectateurs, notamment parmi les jeunes. L’histoire suit un fonctionnaire ordinaire qui, sans vraiment y réfléchir, devient une pièce dans la machine d’un régime autoritaire. Il organise et gère la déportation de personnes vers les camps de concentration nazis. Le film a une esthétique moderne, avec des scènes improvisées et une musique des années 1980, donc il est très différent des films historiques traditionnels sur la Seconde Guerre mondiale.
Notre Salut parle du régime de Vichy, le gouvernement français dirigé par le maréchal Philippe Pétain, qui a collaboré avec les Nazis et a participé à la déportation de 76 000 Juifs vers les camps de concentration. Le film s’intéresse aux personnes ordinaires qui ont participé à ce régime, et non aux grands héros ou aux personnages tristement célèbres.
Le réalisateur Emmanuel Marre a eu l’idée du film après avoir trouvé des lettres de son arrière-grand-père, Henri Marre, qui travaillait comme administrateur sous le régime de Vichy. Ces lettres donnaient un aperçu de la vie quotidienne de cet homme. Marre a déclaré sur France Inter : « Il y a de ces tiroirs partout en France. Après la guerre, on a beaucoup mis les choses sous le tapis pour survivre. Avec ce film, on voulait ouvrir ces tiroirs. »
L’historien Marc Olivier Baruch, spécialiste des fonctionnaires sous Vichy, explique que le film montre quelque chose d’important : l’histoire n’est pas seulement faite par de grandes figures, mais aussi par des gens ordinaires qui agissent sur le terrain. Une des scènes les plus troublantes du film concerne des discussions administratives sur le coût de la paille et des seaux dans les wagons à bestiaux transportant des Juifs.
Le film sort à un moment particulier en France, alors que le pays s’interroge sur son avenir politique avant les élections présidentielles du printemps prochain. Marine Le Pen et son parti d’extrême droite, le Rassemblement National, restent en tête des sondages malgré une enquête du journal Mediapart affirmant que le chef du parti, Jordan Bardella, aurait publié des commentaires antisémites dans sa jeunesse, ce qu’il nie.
L’historien Henry Rousso a écrit dans Le Monde que comprendre le régime de Vichy permet de mieux saisir certains mécanismes politiques d’aujourd’hui. Marre, lui, insiste sur la nécessité de regarder les choses avec nuance : entre la résistance et la collaboration, il existe toute une gamme d’émotions humaines, parfois très ambiguës.