Il y a plus de vingt ans, quand j’ai commencé à visiter Marseille, personne n’aurait imaginé que cette ville allait devenir l’une des destinations les plus populaires de France. À l’époque, Marseille avait mauvaise réputation. Les touristes qui s’arrêtaient à la gare Saint-Charles préféraient prendre un train de correspondance vers la Provence ou la Côte d’Azur plutôt que de rester dans la ville.
Aujourd’hui, la situation a complètement changé. Booking.com a récemment révélé que Marseille est devenue la destination la plus recherchée par les utilisateurs français du site, devant Paris et Nice. Le New York Times a publié un guide sur Marseille en 2019, puis un autre en 2025. Les influenceurs montrent les plages, la pétanque et les pizzas servies sur des assiettes en aluminium. Cette année, la ville devrait accueillir presque 7 millions de touristes.
Le tourisme a apporté des avantages réels : plus de 20 000 emplois et 1,4 milliard d’euros générés chaque année. Cependant, cette croissance très rapide pose de sérieux problèmes. En juin, les habitants des Goudes, un petit quartier de pêcheurs devenu très populaire sur Instagram, sont descendus dans la rue pour protester. Un habitant a dit qu’il se sentait en résidence surveillée tellement il y avait de visiteurs. Dans le Vallon des Auffes, les résidents s’opposent à l’ouverture d’un sixième restaurant dans ce tout petit port. La Plage des Catalans a même dû fermer à la baignade à cause d’une contamination bactérienne, que beaucoup attribuent au surpeuplement.
Depuis l’été 2020, quand les Français ont afflué à Marseille après les confinements liés à la pandémie, le surtourisme est devenu un vrai sujet de débat. Les prix de l’immobilier ont augmenté, le bruit et les déchets aussi. Les graffitis contre Airbnb se multiplient depuis plusieurs années, et les campagnes contre les navires de croisière gagnent du soutien.
Les autorités locales affirment qu’elles travaillent sur le problème. En 2024, le maire Benoît Payan a introduit les restrictions les plus strictes de France sur Airbnb. Des quotas de visiteurs ont été mis en place dans les Calanques pour protéger cet espace naturel fragile. Mais beaucoup de résidents estiment que ces mesures ne sont pas suffisantes et demandent une politique globale plus forte.
Ce que tout le monde partage, c’est la crainte que Marseille finisse par ressembler à Barcelone ou Lisbonne, des villes où les habitants ont l’impression de ne plus être chez eux. Il est encore possible d’éviter ce scénario, mais il faut agir vite.