Le pape Léon XIV rencontre des victimes d’abus sexuels à Lourdes

Le pape Léon XIV a appelé l’Église catholique à guérir ses « blessures profondes » et ses « erreurs douloureuses », avant de rencontrer des survivants d’abus sexuels sur des enfants lors de sa visite de quatre jours en France. Dimanche, devant environ 150 000 personnes rassemblées dans un grand espace en plein air près du sanctuaire de Lourdes, le pape a demandé à l’Église de faire face à son passé. Sans mentionner directement les scandales d’abus sexuels qui ont touché au moins 330 000 enfants en France sur sept décennies, il a déclaré : « Pour guérir les blessures profondes, les infidélités et les erreurs douloureuses survenues au sein de l’Église, nous devons humblement nous placer sous le regard purificateur du Seigneur. »

Après avoir célébré une messe en plein air le matin, le premier pape américain de l’histoire a rencontré en privé sept survivants d’abus commis par des membres du clergé français. Parmi eux se trouvait un ancien élève du collège catholique Notre-Dame de Bétharram, établissement au cœur de ce que beaucoup considèrent comme le plus grand scandale d’abus sexuels dans une école en France. Cinq des sept survivants ont ensuite tenu une conférence de presse à Lourdes. L’un d’eux, Jean-Marie Delbos, a confié qu’il n’avait jamais pensé qu’il rencontrerait un pape un jour. Il a demandé à Léon XIV de bénir une photo de sa grand-mère, ce que le pape a fait. « C’était extraordinaire », a-t-il dit. Les survivants ont indiqué que le pape les avait écoutés, qu’il connaissait leurs situations et qu’il avait reconnu que beaucoup restait à faire.

Lors de son homélie — c’est-à-dire le discours prononcé durant la messe —, le pape s’en est aussi pris à l’aide médicale à mourir, qu’il a qualifiée de « fausse compassion » et d’acte immoral. La France a adopté il y a un mois une loi autorisant les adultes atteints d’une maladie incurable à demander une aide à mourir, rejoignant ainsi des pays comme la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse et le Canada. Le pape a affirmé : « Il est impossible de considérer le fait de donner la mort comme quelque chose de normal. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. »

À son arrivée à Lourdes samedi soir, le pape est passé devant des mosaïques recouvertes de panneaux. Ces œuvres ont été réalisées par Marko Rupnik, un artiste jésuite reconnu, actuellement jugé par un tribunal du Vatican. Plus d’une vingtaine de femmes l’accusent d’abus psychologiques, spirituels et sexuels commis depuis les années 1990. L’évêque de Lourdes a ordonné de cacher ces mosaïques pour que les victimes d’abus venues chercher du réconfort au sanctuaire n’aient pas à les voir.

Cette visite papale, la première en France depuis dix-huit ans, intervient alors qu’environ 2 000 personnes ayant signalé des abus de la part de membres de l’Église cherchent des réparations financières, selon l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation. Un rapport publié en 2021 avait estimé que 330 000 enfants avaient été victimes d’abus sur sept décennies et que ces crimes avaient été dissimulés de manière systématique au sein de l’institution.

Le jour de l’arrivée du pape à Paris, un groupe de survivants avait publié une lettre ouverte dans le journal Libération, craignant que cette visite ne change rien concrètement. Ils critiquaient notamment le fait que les sept personnes reçues à Lourdes avaient été « soigneusement sélectionnées » par l’Église plutôt que par des associations de victimes.