En janvier 2018, Emmanuel Macron a annoncé que la France allait prêter la tapisserie de Bayeux au Royaume-Uni. C’était une promesse importante, faite devant Theresa May à Sandhurst, à un moment où les relations entre les deux pays n’étaient pas bonnes. Le Brexit avait choqué et mis en colère beaucoup de responsables politiques français, et les contacts entre les deux gouvernements devenaient de plus en plus rares.
Il a fallu attendre huit ans et demi, mais cette semaine, Macron a tenu sa promesse. La tapisserie a été dévoilée au British Museum de Londres dans une atmosphère chaleureuse. Lors de la cérémonie, le président français a déclaré que la tapisserie représente « tout un chapitre de l’histoire française, britannique et européenne ». Il a aussi dit que les gens, dans quelques décennies ou siècles, se souviendront de ce moment comme d’un signe fort dans les relations franco-britanniques.
La tapisserie de Bayeux a toujours eu une dimension politique. Selon l’historien David Musgrove, elle a été créée pour justifier la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1066. La scène centrale n’est pas la mort d’Harold sur le champ de bataille, mais une scène plus ancienne où Harold fait le serment de soutenir la revendication de Guillaume sur le trône d’Angleterre. Quand Harold rompt ce serment, Guillaume obtient une raison d’envahir le pays.
La plupart des historiens pensent que la tapisserie a été fabriquée à Canterbury, probablement sur ordre d’Odon de Bayeux, le demi-frère de Guillaume. Selon la professeure Leonie Hicks, l’œuvre n’est pas une simple propagande. Dans les marges, on voit des images très réalistes de la souffrance causée par la guerre, cousues probablement par des femmes anglaises qui avaient peut-être perdu des proches à la bataille.
La tapisserie a eu une longue histoire politique. Napoléon l’a exposée à Paris en 1803 alors qu’il préparait une invasion de l’Angleterre. Les nazis voulaient l’emporter en Allemagne, mais la Résistance française, alertée par des décodeurs britanniques, les en a empêchés.
La Grande-Bretagne avait demandé à emprunter la tapisserie plusieurs fois depuis 1931, sans succès. Macron a réussi là où d’autres avaient échoué, en partie parce qu’il voulait améliorer les relations franco-britanniques face aux défis communs comme l’Ukraine, la sécurité et la politique de Donald Trump. Cependant, comme le souligne la professeure Helen Drake, cette chaleur diplomatique n’efface pas les tensions habituelles entre les deux pays dans les négociations commerciales et politiques.