Depuis huit ans, la France traverse des crises sociales et politiques à répétition. En 2017, la hausse des prix du carburant avait poussé les gilets jaunes dans la rue, provoquant la première grande crise de la présidence Macron. Aujourd’hui, alors que Macron envisage de quitter l’Élysée l’année prochaine, des manifestations étudiantes agitent de nouveau le pays. Mais cette fois, les marchés financiers sont eux aussi inquiets.
Les investisseurs s’alarment de l’incapacité du gouvernement français à maîtriser ses dépenses publiques. La dette de la France représentait 115,6 % de son PIB en 2025, et le déficit budgétaire atteignait 5,1 %. À titre de comparaison, le Royaume-Uni affichait respectivement 94,3 % et 4,3 %. Le ministre britannique des Finances, John Healey, est en bonne voie pour réduire ce déficit d’ici 2027. Son homologue français, Roland Lescure, a promis d’en faire autant après une hausse du déficit à 5,4 % cette année, mais n’a pas encore précisé comment il compte y parvenir.
Cette incertitude pèse lourdement sur les entreprises. Selon une enquête du Medef, la principale organisation patronale française, 82 % des entreprises sont pessimistes quant à l’impact de la politique économique du prochain gouvernement. Plus alarmant encore, 66 % estiment qu’elles deviendraient fragilisées, voire menacées de faillite, si la situation restait bloquée pendant cinq ans.
Antonio Fatas, professeur d’économie à l’Insead, juge la situation particulièrement grave. Il explique que la croissance est faible, que les chiffres de la dette sont mauvais, et que les marchés financiers ont l’impression que le gouvernement n’a pas la situation en main. Sur le plan politique, il dit ouvertement qu’il panique, parce que trop de partis semblent souhaiter une crise, pensant qu’elle leur serait électoralement profitable.
La semaine dernière, le taux d’intérêt des obligations françaises à dix ans a atteint son niveau le plus haut depuis juillet 2002, proche de 5 %. Les investisseurs japonais, habituellement fidèles à la France, se sont tournés vers leur propre marché intérieur, aggravant ainsi la pression sur les finances françaises.
Sur le plan politique, la perspective d’un second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon à la prochaine élection présidentielle inquiète fortement les investisseurs. Erik Britton, du cabinet Fathom Consulting, estime qu’une victoire de Le Pen comporterait un risque de 20 % de sortie de la France de l’euro, ce que l’on appelle le Frexit. Une victoire de Mélenchon présenterait un risque encore plus élevé. Or, si la France quittait l’euro, cela pourrait déstabiliser toute la zone euro et faire grimper les taux d’intérêt dans l’ensemble des pays membres.
La Banque centrale européenne pourrait théoriquement intervenir, mais une aide serait soumise à des conditions strictes que la France pourrait refuser d’accepter. L’économiste américain Paul Krugman a résumé le problème ainsi : en tant que deuxième économie de la zone euro, la France est peut-être passée du statut de pays trop grand pour faire faillite à celui de pays trop grand pour être sauvé.
Pour Dhaval Joshi, économiste indépendant, la France devra inévitablement accepter des ajustements douloureux pour redresser ses finances publiques, comme l’ont fait l’Italie, l’Espagne et la Grèce il y a dix ans. La vraie question est de savoir combien de turbulences politiques la France devra traverser avant d’y parvenir.