Les lycéens français ont manifesté en masse ce mardi dans tout le pays, lors de ce qu’ils ont appelé l’acte III ou la grande mobilisation. Leurs revendications sont claires : ils réclament des investissements dans des établissements scolaires dégradés, le remplacement des professeurs absents, une réduction des effectifs dans les classes et une meilleure égalité entre les écoles selon les territoires. Difficile de prétendre que ces demandes ne sont pas légitimes.
Plus de 400 établissements ont fermé de façon préventive ce jour-là, dont le collège-lycée de ma fille aînée. À onze ans, elle est trop jeune pour participer aux manifestations, et après m’avoir raconté les feux d’artifice, les poubelles en feu et la fumée qu’elle a traversés en entrant dans son école la semaine dernière, je ne cache pas que j’étais soulagée qu’elle reste à la maison. Le mardi matin, devant les grilles fermées de son établissement, une cinquantaine de lycéens — dont un déguisé en Batman — brandissaient des pancartes dans une atmosphère calme, en attendant la grande marche prévue dans l’après-midi dans le centre de Paris. Selon les organisateurs, environ 100 000 personnes se sont rassemblées place de la République avant de défiler jusqu’à la place de la Nation. Le ministère de l’Intérieur, lui, a estimé le nombre de manifestants à 56 000. La foule était en grande partie pacifique, mais quelques groupes ont affronté les forces de l’ordre au coucher du soleil.
Les méthodes policières ont fait l’objet de critiques sévères. À Tours, un adolescent de seize ans a perdu la vue de son œil droit, une blessure que le procureur de la ville a jugée compatible avec un tir de balle en caoutchouc. À Lens, dans le nord de la France, un lycéen a perdu une main dans des circonstances qui ne sont pas encore totalement élucidées. Une enquête judiciaire est en cours.
Face à l’ampleur du mouvement, le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis que le gouvernement écouterait les manifestants et tenterait de répondre à leurs principales demandes. Cependant, des milliards d’euros pour rénover des écoles sous-financées depuis des années ne se dégageront pas du budget en un claquement de doigts, comme en témoignent les vidéos circulant en ligne qui montrent des salles de classe infestées de rats, inondées ou en ruine.
Ce mouvement social s’inscrit dans un contexte politique déjà tendu, alors que le gouvernement tente une nouvelle fois de faire adopter un budget d’austérité sans disposer d’une majorité parlementaire. L’année dernière, il avait dû utiliser des pouvoirs constitutionnels spéciaux pour éviter un vote. Cette année, le budget prévu pour novembre comprend des coupes dans les retraites et la santé, et risque de provoquer les mêmes difficultés.
La crise a aussi relancé les rivalités à l’approche de l’élection présidentielle d’avril 2027. Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, soutient ouvertement les manifestants, tout en rejetant l’idée que son parti aurait alimenté les troubles. Marine Le Pen, à la tête du Rassemblement national, exploite au contraire la situation pour appeler à une loi contre les violences urbaines. Olivier Faure, leader du Parti socialiste, a mis en garde contre ce piège classique : se focaliser sur les débordements en oubliant les causes profondes du mouvement. Il a cité le proverbe du sage qui montre la lune et du sot qui regarde le doigt. Un message de bon sens, à l’intention de tous ceux qui rêvent de l’Élysée.
Beaucoup des lycéens qui manifestent aujourd’hui voteront pour la première fois l’année prochaine. Le mouvement ne semble pas s’essouffler, et certains responsables politiques commencent à comprendre qu’il vaudrait mieux écouter leurs futurs électeurs plutôt que de les ignorer.