Les vols dans les musées, une menace bien loin du mythe hollywoodien

Les vols dans les musées, une menace bien loin du mythe hollywoodien

En 1956, la comédie française En effeuillant la marguerite, réalisée par Marc Allégret, mettait en scène une jeune Brigitte Bardot dans le rôle d’une auteure débutante qui s’introduit par erreur dans la maison-musée de Balzac à Paris. Elle y vole sans le savoir un livre extrêmement rare, puis tente de réunir l’argent nécessaire pour le racheter en se produisant dans un numéro de strip-tease. Soixante-dix ans plus tard, ce genre de scénario fait beaucoup moins sourire. Les musées du monde entier font face à une série de cambriolages qui les laissent dans un état de grande vulnérabilité.

L’an dernier, une bande de voleurs a pénétré dans le Louvre en utilisant un monte-charge réservé aux meubles et a emporté des joyaux de la Couronne française évalués à 88 millions d’euros. Selon des experts, ce coup audacieux aurait inspiré d’autres crimes similaires. La police française pense avoir arrêté les coupables, mais plusieurs objets volés, dont un diadème, n’ont toujours pas été retrouvés. En août dernier, des musées en Sicile, à Vienne et à Villena en Espagne ont également été victimes de vols. Cette semaine, c’est l’ancienne demeure du peintre Pierre-Auguste Renoir, située près de Nice, qui a été ciblée. Deux hommes ont découpé une ouverture dans la clôture et ont réussi à s’enfuir avec deux tableaux.

Depuis les films de la Panthère Rose jusqu’à Ocean’s Eleven, les cambriolages spectaculaires fascinent le grand public. Dans les fictions, les voleurs sont parfois présentés comme des figures romanesques, voire des sortes de Robin des Bois qui défient les symboles de la grande richesse. Mais la réalité est bien différente. Pour le Louvre, le cambriolage de l’année passée a provoqué une crise de réputation telle que son président a démissionné. Pour des établissements plus modestes comme la maison de Renoir, les conséquences peuvent être encore plus graves. Les deux tableaux volés mardi étaient prêtés par le Musée d’Orsay à Paris. Si les risques sont jugés trop élevés, les collections nationales pourraient cesser de prêter des œuvres aux musées régionaux, ce qui priverait ces derniers d’une partie essentielle de leur rayonnement.

Les experts soulignent que les cambrioleurs ont appris à agir en quelques minutes, soit le temps que la police arrive après le déclenchement d’une alarme. Contrairement à ce que montrent les films, ils n’ont pas besoin d’esquiver des faisceaux laser sophistiqués. Des améliorations en matière de sécurité sont certes possibles, mais détecteurs de métaux, écrans de contrôle et agents de sécurité allongent les files d’attente et créent une distance entre le public et les œuvres. Pour certains petits musées hors des circuits touristiques habituels, ces dispositifs ne sont tout simplement pas envisageables, ni sur le plan pratique ni sur le plan financier.

Au Royaume-Uni, des efforts ont été faits pour organiser davantage de prêts d’œuvres conservées à Londres. Un tableau de Renoir, Les Parapluies, a ainsi voyagé en province à l’occasion du bicentenaire de la National Gallery. Ce musée n’a heureusement pas connu d’autre incident depuis 1961, quand un certain Kempton Bunton avait dérobé un portrait du duc de Wellington pour protester contre la redevance télévisuelle. L’histoire a pu être racontée avec humour dans le film The Duke en 2020, car le tableau avait été retrouvé dans une gare. Mais dans trop d’autres cas, les œuvres volées disparaissent définitivement du regard du public, ce qui est tout le contraire d’un dénouement hollywoodien.