Le 26 août 1981, le Conseil des ministres français a décidé de mettre fin à la peine de mort. C’était la première d’une longue série de réformes importantes que le gouvernement prévoyait de mener à bien avant la fin de l’année. Le président François Mitterrand avait également demandé au gouvernement de renforcer ce qu’il considérait comme les actions positives de ses trois premiers mois au pouvoir, en lançant près de vingt grands chantiers avant Noël. Ces projets allaient du programme de nationalisation à un budget 1982 orienté vers la relance économique et la lutte contre le chômage.
À ce moment-là, la France était le dernier pays d’Europe à ne pas avoir aboli la peine de mort. Le gouvernement précédent avait hésité pendant sept ans sur cette question, rejetant au moins dix tentatives de la porter devant le Parlement, où elle n’avait pas fait l’objet d’un vrai débat depuis 1911. La décision de Mitterrand d’en faire une priorité absolue était donc particulièrement significative, d’autant plus que les deux tiers des Français se disaient favorables au maintien de la guillotine. C’était un test important pour le gouvernement, qui devait aussi rassurer une opinion publique inquiète face à la montée du chômage, à l’inflation et aux pressions sur le franc.
Le 18 septembre 1981, les députés français ont voté en faveur de l’abolition de la peine capitale. C’était le premier vote parlementaire sur ce sujet depuis soixante-dix ans, et le résultat a été très net : 363 voix pour l’abolition, contre 117. Ce résultat était d’autant plus frappant que les sondages montraient que plus de deux tiers des Français souhaitaient conserver la peine de mort.
La guillotine avait été introduite il y a cent quatre-vingt-dix ans comme un moyen jugé plus humain de remplacer la torture et la pendaison pour les condamnés de condition modeste. Elle avait causé des milliers de morts, dont plus de 2 500 pendant les deux années de la Terreur révolutionnaire à Paris, période durant laquelle Louis XVI et Marie-Antoinette avaient été exécutés. La dernière exécution publique remontait à 1939, et pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement de Vichy avait exécuté une femme pour adultère. Au cours des vingt dernières années, dix-sept exécutions pour meurtre avaient chacune provoqué de vives controverses dans le pays.
C’est l’avocat abolitionniste Robert Badinter, devenu entre-temps ministre de la Justice, qui avait présenté le projet de loi. Cette abolition permettait à Mitterrand de tenir une promesse faite pendant sa campagne électorale.
Six hommes qui attendaient leur exécution dans des prisons françaises ont automatiquement bénéficié d’une grâce à la suite de ce vote, dont quatre condamnés après mai 1981 par des jurés qui semblaient vouloir marquer leur désaccord avec la position abolitionniste du président. Quant aux deux guillotines encore en état de fonctionner à la prison de Fresnes, près de Paris, aucune décision n’avait encore été prise concernant leur sort. La dernière avait été utilisée en 1977. L’abolition signifiait également la fin du poste du bourreau officiel, un imprimeur de métier qui touchait une rémunération mensuelle de 600 livres sterling.
