Édouard Balladur, ancien Premier ministre français, est mort à 97 ans

Édouard Balladur est mort le 31 août 2026 à l’âge de 97 ans. Pendant de longs mois avant l’élection présidentielle française de 1995, il semblait presque certain de l’emporter. Les sondages lui donnaient régulièrement une avance confortable sur son rival conservateur Jacques Chirac et sur le principal candidat de gauche. Mais les électeurs ont changé d’avis, et c’est finalement Chirac qui a gagné, succédant ainsi à François Mitterrand à l’Élysée.

Une partie de cet échec venait de la difficulté que Balladur avait à séduire les jeunes électeurs. Son image publique était celle d’un aristocrate distant, ce qui était, dans une certaine mesure, injuste. Dès ses débuts comme ministre, le journal satirique Le Canard Enchaîné l’avait surnommé « sa suffisance courtoise », et le caricaturiste du Monde, Plantu, le dessinait en noble du XVIIIe siècle, perruque sur la tête, porté en chaise à porteurs. Ses costumes trois pièces taillés en Angleterre, son refus visible du contact physique et sa répugnance à se mêler aux foules ne correspondaient pas à ce qu’on attend d’un candidat à la présidence.

Pourtant, ses origines n’avaient rien d’aristocratique, même s’il en parlait peu. Il est né le 2 mai 1929 à Smyrne, aujourd’hui Izmir, en Turquie, dernier d’une famille de six enfants. Son père, Pierre Balladur, dirigeait une agence d’une banque ottomane. Ses parents ont obtenu la nationalité française en 1932, et la famille s’est installée à Marseille, où le jeune Édouard a fait ses études au lycée Thiers.

Il a ensuite étudié le droit à l’université d’Aix-Marseille, puis les sciences politiques à Sciences-Po à Paris. Une tuberculose a interrompu ses études pendant un temps. Une fois guéri, il a effectué son service militaire en Algérie, alors colonie française, deux ans avant la guerre d’indépendance, dans une période de fortes tensions. À son retour, il a intégré l’École nationale d’administration, qui formait à l’époque l’élite politique, économique et administrative du pays.

Sa carrière a débuté au Conseil d’État et à l’ORTF, l’ancienne organisation publique de radiodiffusion. Il a attiré l’attention de Georges Pompidou, Premier ministre du général de Gaulle, et est devenu son conseiller en 1964. Ce poste lui a permis d’observer de près les événements de mai 1968 et les négociations qui ont mis fin à la grève générale. Lorsque Pompidou a succédé à De Gaulle à l’Élysée en 1969, Balladur l’a suivi comme secrétaire général de la présidence.

Après la mort de Pompidou en 1974, il est entré dans le monde des affaires, dirigeant deux filiales d’un grand groupe industriel. Il a également longtemps présidé la société exploitant le tunnel du Mont-Blanc. En 1980, il est revenu en politique. Chirac, qui avait fondé le RPR après avoir quitté le gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing en 1976, l’a recruté comme conseiller proche.

En 1986, après la victoire de la droite aux élections législatives, Chirac est devenu Premier ministre dans le cadre de la première cohabitation avec Mitterrand. Balladur a joué un rôle clé dans les négociations ayant mené à cet accord, et a été nommé ministre de l’Économie, des Finances et de la Privatisation. Il s’est montré un ministre influent, mais n’est resté en poste que deux ans. Chirac a ensuite perdu l’élection présidentielle de 1988 face à Mitterrand, et Balladur est retourné dans le secteur privé, où il a développé un solide réseau de contacts.

En 1993, la gauche a subi une lourde défaite aux législatives. Chirac, encore marqué par la première cohabitation, a préféré ne pas revenir à Matignon. Balladur est apparu comme le candidat idéal, accepté à la fois par Mitterrand et par la droite. Chirac pensait alors le contrôler, mais Balladur s’est rapidement imposé comme un homme politique autonome. Cette deuxième cohabitation s’est déroulée de façon beaucoup plus courtoise que la première, et le Premier ministre a rapidement gagné la confiance de l’opinion publique.

Son gouvernement a dû faire face à de nombreuses crises : réforme des lois sur l’immigration, grève à Air France, débat sur le salaire minimum des jeunes, financement des écoles catholiques, situation des pêcheurs français. À l’étranger, la France a été confrontée à des questions graves sur son rôle lors du génocide au Rwanda. Balladur préférait en général éviter l’affrontement direct et reculait discrètement face à une opposition forte. On lui a reconnu un succès dans les négociations de 1993 sur le GATT, l’accord international sur le commerce.

Soutenu mois après mois par des sondages favorables, Balladur a officiellement annoncé sa candidature à la présidence au début de 1995. Des figures importantes du RPR, dont Nicolas Sarkozy, l’ont rallié. Mais Chirac a trouvé un thème fédérateur avec la notion de « fracture sociale », et a su toucher les jeunes électeurs en se posant en défenseur des oubliés du système. Les tentatives de Balladur pour se rapprocher du public, comme monter sur des tables lors de meetings, ont surtout suscité des moqueries. Sa popularité dans les sondages a fondu. Au premier tour, Lionel Jospin est arrivé en tête avec 23 % des voix, suivi de Chirac avec un peu moins de 21 %, et de Balladur avec 18,5 %. Chirac a remporté le second tour.

Le nouveau président n’était pas du genre à pardonner ce qu’il considérait comme une trahison, et Balladur n’a pas eu de place dans le nouveau gouvernement. Il a tenté un retour en se portant candidat à la mairie de Paris, après que Jean Tiberi, successeur de Chirac à ce poste, a été compromis par des scandales. Mais Chirac ne lui a apporté aucun soutien. Tiberi et Balladur ont divisé les voix de la droite, ce qui a permis à Bertrand Delanoé de devenir en 2001 le premier maire de gauche de Paris depuis la Commune, 130 ans plus tôt. Balladur a continué à siéger comme député jusqu’en 2007.

Dans les années qui ont suivi, son nom a été mêlé à ce qu’on a appelé l’affaire Karachi. Des soupçons ont porté sur le financement de sa campagne présidentielle de 1995, en lien avec la vente de sous-marins au Pakistan et des commissions occultes versées à des intermédiaires. En 2002, un attentat à Karachi avait tué 14 personnes, dont 11 employés français du constructeur naval national. Des enquêtes ont par la suite suggéré que des fonds issus de ces commissions auraient alimenté la campagne de Balladur. Plusieurs de ses proches ont été mis en examen. En 2017, Balladur lui-même a été inculpé pour avoir détourné des commissions sur des contrats d’armement avec le Pakistan et l’Arabie saoudite, aux côtés de l’ancien ministre de la Défense François Léot