Pendant la Seconde Guerre mondiale, un jeune homme de 24 ans nommé Maurice Schérer a écrit un roman intitulé Élisabeth. L’histoire se passe en France, dans une petite ville, juste avant la guerre. On y trouve des jeunes amoureux, des relations entre personnes d’âges différents et des flirts compliqués au sein de familles. Pour protéger sa famille catholique d’un éventuel scandale, Schérer a signé le livre sous un faux nom : Gilbert Cordier. Mais cette précaution n’était pas nécessaire, car le roman est passé presque inaperçu et a rapidement disparu des librairies.
Schérer n’a pas abandonné pour autant. Il a choisi un nouveau pseudonyme, Éric Rohmer, et s’est tourné vers le cinéma. Ce choix a changé sa vie. Il est devenu l’un des réalisateurs les plus importants de la Nouvelle Vague française, aux côtés de Claude Chabrol, Jean-Luc Godard et François Truffaut. Parmi ses films les plus connus, on trouve Le Genou de Claire, Le Rayon vert et Ma Nuit chez Maud.
Aujourd’hui, environ quatre-vingts ans après sa première publication et seize ans après la mort de Rohmer, Élisabeth est republié en anglais, dans une traduction d’Aaron Kerner. Le livre a reçu de très bonnes critiques. Dans le magazine New Yorker, le critique Richard Brody a écrit que ce roman méritait d’être lu même si on ne connaissait pas son auteur.
L’écrivain André Aciman, qui a rédigé la préface de cette nouvelle édition, explique qu’Élisabeth n’est peut-être pas un grand roman, mais qu’il contient déjà tous les thèmes que Rohmer allait explorer dans ses films : l’amour, le désir, l’amitié et les hésitations des personnages face à leurs propres sentiments.
Rohmer écrivait ce roman alors qu’il travaillait comme journaliste dans le Paris occupé par les nazis. Après l’échec du livre, il s’est consacré à la critique de cinéma, puis à la réalisation. Il tournait avec de très petites équipes, parfois seulement trois ou quatre personnes, et il aimait la spontanéité des acteurs plutôt que les répétitions nombreuses.
Dans sa vie personnelle, Rohmer restait très secret. Ses parents ont toujours cru qu’il était professeur. Ils n’ont jamais su qu’il faisait du cinéma, car il pensait que sa mère aurait eu honte de ce métier.
Élisabeth reste donc un témoignage précieux : c’est le point de départ littéraire de toute l’œuvre cinématographique de Rohmer.
