Des associations de défense des animaux se mobilisent en France pour demander l’interdiction de la chasse à la marmotte alpine. Elles organisent des manifestations et des pétitions pour convaincre le gouvernement français d’agir. La saison de chasse à ces rongeurs, qui appartiennent à la même famille que l’écureuil et la marmotte d’Amérique, s’ouvre en septembre, quelques semaines seulement avant que les animaux entrent en hibernation pour l’hiver.
La marmotte n’est pas une espèce menacée en France, mais sa population serait en baisse à cause du dérèglement climatique. Pour les associations, rien ne justifie de la chasser, si ce n’est le plaisir de tuer.
Pauline di Nicolantonio, présidente de l’Association pour la Justice des Animaux de Savoie (AJAS), mène des actions contre cette chasse depuis deux ans. Selon elle, la question est avant tout morale. Elle explique que les gens sont souvent surpris d’apprendre que la chasse à la marmotte est autorisée en France, car cet animal est très apprécié et représente un véritable symbole dans les Alpes et en Savoie. Il suffit d’entrer dans n’importe quel office de tourisme de la région pour constater que la marmotte est partout, comme logo ou emblème.
Les marmottes sont des herbivores qui vivent en groupes familiaux dans les zones montagneuses d’Europe et d’Amérique du Nord. À la fin de l’été, elles peuvent atteindre jusqu’à 8 kg, car elles accumulent des réserves de nourriture avant une hibernation de cinq à six mois. Traditionnellement chassées pour leur viande, leur graisse et leur fourrure, elles font encore aujourd’hui l’objet d’une chasse légale dans certains États américains et canadiens, ainsi qu’en France, en Suisse et en Autriche. En Italie et en Allemagne, cette chasse est en revanche interdite. En France, environ 1 000 marmottes sont abattues chaque année.
Christophe Bonenfant, chercheur au CNRS à l’université de Lyon, étudie les marmottes dans la réserve naturelle de la Grande Sassière. Il observe, avec sa collègue Rébecca Garcia, que le dérèglement climatique perturbe la stabilité sociale de ces animaux. Les conflits entre individus deviennent plus violents, les femelles produisent moins de petits, et les groupes familiaux se reconstituent de plus en plus rapidement. Résultat : les populations diminuent progressivement. Bonenfant souligne également que la marmotte joue un rôle important dans l’écosystème, comme proie pour les aigles, les renards et parfois les blaireaux, et parce que ses terriers contribuent à aérer le sol.
Pour lui, la vraie question n’est pas écologique mais morale : pourquoi des gens prennent-ils du plaisir à tuer des animaux ?
La Fédération nationale des chasseurs affirme que la chasse à la marmotte est strictement encadrée et que la saison dure au maximum un mois. Elle assure que l’espèce n’est pas menacée et que ses effectifs sont stables, voire en hausse.
L’AJAS, elle, réclame une interdiction nationale, comme celle adoptée en Italie en 1992. Di Nicolantonio est claire : aujourd’hui, chasser la marmotte n’a plus aucune utilité alimentaire. C’est devenu une simple activité de loisir, présentée comme une tradition.
