Vicky Krieps dans un drame poignant sur une mère privée de son fils

Vicky Krieps dans un drame poignant sur une mère privée de son fils

Vicky Krieps incarne avec précision et sensibilité le personnage principal de ce film sur la rupture conjugale, réalisé et écrit par Anna Cazenave Cambet. La réalisatrice a adapté le roman autobiographique du même titre signé par Constance Debré, qui raconte l’expérience douloureuse de l’auteure après la fin de son mariage : privée de contact avec son jeune fils, elle quitte en même temps son métier d’avocate, fait son coming out en tant que femme gay et devient écrivaine. Selon le roman, ces choix de vie ont été utilisés contre elle devant les tribunaux aux affaires familiales en France, des institutions que le film présente comme marquées par une vision patriarcale — c’est-à-dire dominée par les hommes et leurs valeurs traditionnelles.

Dans le film, Krieps adopte la coiffure courte et élégante de Debré, surtout vers la fin. Sa performance est constamment remarquable. On peut néanmoins se demander si la retenue que lui impose le rôle rend vraiment justice à ce que représente dix-huit mois sans pouvoir voir son propre enfant. Peut-être que cette froideur apparente est justement ce qu’il faut pour survivre, parce que montrer ses émotions pourrait être interprété comme de l’instabilité.

L’une des scènes les plus réussies du film est un monologue intérieur final, entendu en voix off pendant que le personnage de Krieps pédale dans les rues. Elle se demande si elle sort enfin d’une période de deuil concernant son fils. Autre choix fort de la réalisatrice : on ne voit clairement le visage du fils qu’une heure après le début du film, lors de la première rencontre supervisée par le tribunal.

Krieps joue Clémence, dont les arrangements parentaux autour de son fils Paul, joué par Viggo Ferreira-Redier, avec son ex-partenaire Laurent, joué par Antoine Reinartz, se passaient correctement jusqu’à ce qu’elle lui annonce qu’elle fréquente désormais des femmes. Cette nouvelle identité, et le fait qu’elle écrit publiquement à ce sujet avec un certain succès, provoque une colère profonde chez Laurent. Il monte Paul contre sa mère, demande la garde exclusive et pousse même leur fils à rédiger une fausse déclaration contre Clémence. Il obtient finalement l’interdiction de contact pendant un an et demi.

Clémence refuse de se laisser écraser. Elle continue à vivre avec honnêteté et liberté, tout en ravalaant sa colère face à une homophobie cautionnée par les institutions. Elle trouve progressivement une certaine tendresse auprès de Sarah, jouée par Monia Chokri, et s’occupe aussi de son père âgé et malade, incarné par Féodor Atkine.

Petit à petit, Clémence obtient un accès limité à Paul, d’abord en présence d’agents du tribunal, puis elle peut finalement l’emmener faire une balade à vélo, moment de légèreté bienvenu dans un film par ailleurs assez sombre.

Le film décrit avec précision la lourdeur ordinaire de ce type d’injustice. Certaines scènes sont moins convaincantes, notamment un moment où Paul renverse une chaise et où Clémence fait de même, ce qui semble un peu forcé. Quant à Laurent, il reste un personnage difficile à cerner : susceptible, rancunier, sans véritable explication fournie par le film.

Love Me Tender est un film intelligent et sensuel, qui cependant ne parvient jamais tout à fait à l’intensité émotionnelle qu’il semble annoncer. Il sort dans les cinémas britanniques et irlandais à partir du 7 août.